Dénis de loups : Témoignages : Quand le berger voit le loup, il prend… la plume. Par Yves Lachenal.

Ce document a été publié pour la première fois le 28 février 2013…

Après ce témoignage en rapport avec le déni de présence du loup en groupe, les canidés ont vraisemblablement été braconnés…Avant de réapparaître en 2015….


Un témoignage, simple, drôle et émouvant, plein de bon sens…


 

Il était une fois (toutes les bonnes histoires commencent ainsi, celle-là devrait vous plaire !), il était une fois, donc, un berger que nous appellerons Francis Gros (ça tombe bien, c’est son nom), qui allait en alpage à la Bouchasse, sur les pentes de la Sambuy, commune de Seythenex, à l’extrême sud de la Haute-Savoie.

Ce matin là, le 22 juin 2006, comme tous les matins, à l’aube, Francis part chercher son troupeau de chèvres.

Première surprise, le troupeau est séparé en plusieurs lots ! Les bêtes ont l’air stressé. Deuxième surprise, il découvre les restes d’une chèvre : une corne et une mâchoire puis plus loin une autre égorgée et encore plus loin, une autre ayant subi le même sort, les deux oreilles sectionnées. Il manque aussi une quinzaine d’autres animaux. Après plusieurs recherches, il trouve quelques chevrettes réfugiées dans les rochers. Le lendemain, il retrouve une autre chèvre égorgée et à moitié dévorée. Le bilan est lourd : 4 animaux tués et 9 autres disparues.

Des experts (?) arrivent sur place pour constater les dégâts, des gardes fédéraux de l’Office National de la Chasse. Là ça pourrait devenir risible. La première chèvre (reste les deux cornes et la mâchoire) ne peut pas être prise en compte car la médaille d’identification normalement portée à l’oreille gauche n’est plus sur l’animal ( elle est retrouvée à une dizaine de mètres), mais elle n’est pas à sa place réglementaire ! Même chose, pour celle, aux deux oreilles coupées. L’oreille et donc la médaille, est sous la patte arrière droite de l’animal : ce n’est pas sa place ! Quant aux neufs disparues, on ne sait pas ? Une fugue ?

Contrairement aux hommes la chèvre ne fugue pas à l’adolescence, c’est prouvé…parole de berger.

Le soir du 22 juin, c’est chez moi que ça se passe, permettez-moi de me présenter : Yves Lachenal, éleveur de chèvres à Seythenex, berger au Drizon, alpage situé au-dessus de l’abbaye de Tamiè et par conséquent voisin direct de François pour la vingtième année consécutive.

Ce soir là, mes chèvres montent dormir comme d’habitude aux pointes de la cote Fâvre, dominant la vallée d’Alberville. Au-dessus du chalet d’alpage, une falaise sépare la pente, dans sa partie sommitale. Sortant de la cave à fromage, vers 22h15, je m’aperçois que le troupeau s’est scindé en deux parties de chaque coté de la falaise. Celles de droite allant directement à la couche, les autres suivant la crête boisée de Tête noire, pour rejoindre leurs compagnes. Soudain, alors qu’elles gravissaient les derniers mètres, j’entends les cloches repartir en sens inverse dans une sarabande infernale.

J’attrape mon bâton, siffle mes trois chiens et part en courant dans la nuit pour intercepter les fuyardes, j’entends, en même temps ma chienne Patou de 6 mois, qui était avec le premier lot, courir en aboyant férocement sur la crête. Je grimpe tout suant sur l’arête de Tête noire et rejoint mes chèvres à mi-pente, elles sont arrêtées, la chienne m’accueille par des aboiements furieux, le poil hérissé et se calme difficilement. Nous reprenons la montée dans les myrtilles et les « rhodos » avec l’angoisse de ce qui peut arriver aux autres chèvres, restées sans protection.

Nous débouchons au sommet ou effectivement, les chèvres ont disparu. Nous suivons l’arête lorsque la chienne qui marchait sur mes talons, s’avance dans la pente avec des aboiements furieux. Je vois à cinq mètres, en dessous de moi, des yeux luisants qui disparaissent aussitôt à l’arrivée des trois autres chiens qui se ruent sur lui. Je rappelle mes chiens et continue ma traversée pour rejoindre le chalet par le col. Dans le descente j’essaie de repérer quelles chèvres manquent à l’appel, mais la nuit est noire et je me contente d’identifier les animaux les plus proches de moi. Arrivé au chalet à minuit moins le quart, je me couche sans avoir sommeil, impatient que le jour se lève pour savoir à quoi m’en tenir.

A cinq heures, je commence à compter avec angoisse dans le jour, à peine levé. Il manque une chèvre. C’est le soulagement, je m’attendais à pire. Après la traite et la fabrication du fromage, je retourne sur les lieux pour retrouver Ursule, ( c’est la manquante !). Malheureusement, ce matin là, le brouillard s’accroche par intermittence sur les sommets et je rentre bredouille

Je redescends dans la vallée et je tombe par chance sur les gardes ONCFS, je leur narre mon aventure, on me questionne : des yeux ?? Franchement ça dure un quart de seconde, je me souviens surtout que ça brillait. Un autre garde, « vous êtes sûr que c‘étaient des yeux »…Non ça devait-être deux vers luisants se tenant la main !! Alors que faire ? Retrouver la carcasse ? On viendra faire un prélèvement. Je leur dis que ma chèvre n’ayant pas de corne, si ça se passe comme pour celle de Francis où il ne restait que les cornes, il n’y aura peut-être pas matière à prélèvements. Je repars désappointé. Un loup, deux loups ? Le sujet est lancé. Pour ou contre le loup ? A la surprise de certains, je dirai pour le loup mais contre la manière dont il est géré en France……

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