Les tirs de destruction du loup ont-il un sens?

L’étude présentée date du 12 décembre 2001.

 

Elle fait ressortir les points suivants:

Une meute doit être considérée comme un groupe d’individus catégorisés et aux qualités différentes:

les louveteaux, les louvarts, les subadultes (ou subalternes), les adultes (individus matures) et les dominants. (uniques reproducteurs en théorie, dans le groupe)

Ces catégories « sociales » à l’intérieur du groupe sont susceptibles de disparaître sous pression de chasse, uniquement si toutes les catégories subissent le même taux de mortalité. Soit un taux évalué à 32%. Il reste une catégorie complètement indéfinie qui est constituée des individus dispersants, du louveteau au louvart qui reviennent au groupe rapidement, des subalternes aux adultes qui investissent des secteurs géographiques contigus ou éloignés avec retour probable au groupe d’origine, jusqu’au moment indéfini (1 à 3/5 ans) ou la dispersion devient définitive, donc sans retour au groupe.

Dans ce concept une meute de 10 individus peut disparaître dans un délai de 5 ans. Dans ce concept les tirs du loup exercés de manière totalement anarchique depuis 2013 n’ont aucun sens.

Sur un secteur défini, un scénario de croissance pessimiste implique la disparition du loup sur un secteur déterminé si et seulement si le nombre de meutes est inférieur ou égal à 20 groupes structurés, comme décrits plus haut.


Paramètres Scénario


                                      S0     S1    S2    S3    S4
Survie des chiots          0.55   0.6   0.65   0.7   0.75
Survie des juvéniles     0.65   0.7   0.75   0.8   0.85
Survie des subadultes  0.65  0.7    0.75  0.8   0.85
Survie des adultes         0.65   0.7   0.75   0.8   0.85
Survie des dominants    0.65   0.7   0.75   0.8   0.85
Survie des dispersants   0.45   0.5    0.55   0.6  0.65
Fécondité 5 naissants
Dispersion des juvéniles 0.25
Dispersion des subadultes 0.5
Dispersion des adultes 0.9

Sur un secteur défini, un scénario de croissance médian implique la disparition du loup sur un secteur déterminé si et seulement si le nombre de meutes est inférieur à 3 groupes structurés, comme décrits plus haut.

Sur un secteur défini, un scénario de croissance optimiste implique la disparition du loup sur un secteur déterminé si et seulement si le nombre de meutes est inférieur à 2 groupes structurés comme décrits plus haut.

 


Les tirs actuels sont exécutés sans aucune vision à court, moyen ou long terme:


Dans une optique de tirs de destruction qui serait nécessaire à la limitation des prédations du loup sur les animaux domestiques (ovins essentiellement en 2017) il est donc possible d’affirmer qu’il est impératif de connaître le braconnage cryptique qui camouflent les données concernant l’état des populations. D’autres part, les tirs de destruction doivent être attribués à des aires  de présence et de dispersion parfaitement définies, ces aires de présences et de dispersion doivent faire l’objet d’un suivi régulier et performant. Et chaque groupe présent sur l’aire de présence et de dispersion définie doit faire l’objet d’un suivi détaillé d’années en années. Hors les investigations de l’Oncfs ne permettent pas à ce jour de détecter toutes les naissances et encore moins de détecter l’ensemble des individus dispersant. Il en est de même de l’état quantitatif global des populations de Canis lupus lupus au niveau national puisque sans neige hivernale et sans forte prédation du loup sur les domestiques, il est possible d’affirmer que l’Office est quasiment aveugle.

En conclusion les tirs actuels sont exécutés sans aucune vision à court, moyen ou long terme sur l’évolution possible ou probable des populations. Cela sans compter les réactions naturelles à une forte pression de chasse telle que les reproductions multiples et la dispersion des individus isolés ou en groupe.

 

Je cite: « Afin de permettre le tir de loups, il est préférable de retirer un pourcentage modéré de la population (10%) les
années suivant un taux de croissance supérieur à 5% (Figures 4 & 5). Retirer un plus faible pourcentage dès que la
population croît ou retirer un plus fort pourcentage avec un seuil plus grand sur le taux de croissance mène à une
probabilité d’extinction accrue ou à un nombre de loups tués réduit. Ces stratégies ne sont possibles que lorsque la
population a atteint son seuil de viabilité. »

Je cite: « Par ailleurs, nos résultats sont présentés en terme de meutes et il serait nécessaire d’en proposer une
définition rigoureuse, celle adoptée pour l’Endangered Species Act aux USA étant, pour information, un couple
dominant s’étant reproduit sur le même territoire durant 3 années consécutives et où au moins 2 chiots ont survécu
chaque année jusqu’au 31 décembre. Notre modèle insiste sur la nécessité d’obtenir une meilleure estimation des
paramètres démographiques avant de prendre des décisions de gestion. »

 


Modélisation de la viabilité d’une population de loups : stratégies de conservation et de contrôle


Guillaume Chapron*, Stéphane Legendre, Régis Ferrière, Jean Clobert & Robert G. Haight

le pdf:

LoupViabiliteFrance-2

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