LE RETOUR DU LOUP EN ALSACE 

 

Ce document a été produit en mars 2010.Il était tout à fait d’actualité à l’époque et le reste encore en septembre 2017!

Un courrier émis en 2017 par un député alsacien, à l’attention de Nicolas Hulot, stipule qu’il y a un couple de loups installés dans le Haut-Rhin.


L’arrivée d’une meute, même réduite, pourrait avoir lieu à partir de différents secteurs, plus ou moins éloignés. Le canton du Jura, en Suisse et en particulier le Chablais, qu’il soit vaudois ou valaisan, situé à l’est du lac Léman, sera probablement à l’origine de la première migration marquante du loup en territoire alsacien. Le loup y est présent de façon manifeste depuis 2006, présence confirmée en 2007 dans le canton de Vaud. De souche italienne, comme en France, le canidé s’est installé dans les alpes vaudoises et dans le canton de Berne ! Présence affirmée qui a immédiatement suscité les craintes diverses des éleveurs, chasseurs et habitants des cantons concernés.

Faute d’avoir prévu son retour probable, fin 2009 la guerre est déclarée à Canis lupus italicus, on parle même de renvoyer les bêtes d’où elles viennent ! C’est-à-dire d’Italie. Issue saugrenue qui tient plus du discours politique passionné que d’une véritable solution apportée aux différentes réactions épidermiques, concernant la présence et les déprédations du loup sur les ovins ou caprins. A ce titre, il est évident qu’une trop forte pression, exercée sans véritable réflexion, conduira à une migration plus rapide du loup, vers l’Alsace. Pression de chasse qui aura pour autre conséquence, encore plus de prédations domestiques sur les secteurs traversés par une meute en totale désorganisation. D’autant plus que les éleveurs  estiment être, comme bien d’autres, propriétaires des lieux sauvages organisés depuis toujours par l’humain. On ressort même les vieilles histoires, du loup prédateur de l’homme et même du loup dévoreur d’enfants, sans tenir compte des faits et contextes historiques. Quoi qu’il en soit, la Suisse est maintenant une zone de dispersion qui va s’étendre, et c’est vraisemblablement déjà le cas, vers notre belle région alsacienne. En effet, la forêt sundgauvienne, en liaison directe par l’intermédiaire du territoire de Belfort et sa frontière sud avec la Suisse, a déjà connu la présence du loup en 2007. Un contact rapproché avec un cycliste circulant sur la D13b, non loin de Goldbach-Altenbach, n’a pas donné lieu à enquête à l’époque. Il est bien évident que parler du loup est encore difficile de nos jours ! Chercher à comprendre semble même parfois inutile ! Mieux vaut ne rien savoir !

Article paru en janvier 2011 dans la presse locale.


Cette voie royale et naturelle offerte aux loups, permettra sans aucun doute, de voir progresser rapidement les canidés vers le nord de la région Alsace, en particulier par les Hautes Vosges et en direction des Vosges Centrales ! Une arrivée par l’Est est également possible, par l’entremise de la forêt de la Hardt, à l’orient de la ville de Mulhouse. Cette charmaie naturelle de 13 000 hectares pourrait accueillir plusieurs individus compte tenu de sa richesse reconnue de gibiers sauvages. A ce titre, il faut rappeler que l’augmentation des cheptels français d’ongulés est depuis 1979, multiplié par 3 pour le Cerf, dont l’effectif est proche de 40 000 unités, par 4.5 pour le chevreuil, pour un effectif proche de 500 000 têtes, et multiplié par 10 pour le sanglier, effectif estimé à 450 000 bêtes ! Je ne parle pas du cas « chamois » dont les quotas de chasse ont été multipliés par 3, pour atteindre 14 000 têtes en 2007. Objectifs non réalisés, traduisant complètement l’incohérence de projets de gestion et de réintroduction qui ne tiennent pas compte des prédateurs naturels. Régulateurs par ailleurs presque totalement inexistants en dehors du Lynx qui ne peut assurer, totalement esseulé, ce rôle de régulation que les chasseurs sont incapables de tenir. Preuve en est que l’effectif national s’élève à plus de 100 000 individus, de nos jours !

A long terme, la Bavière semble être une zone de transit possible pour le futur loup alsacien. Bien que les couloirs migratoires, entre la Bavière et la Forêt Noire soient pratiquement inexistants, un transit par les forêts morcelées situées au nord de la Suisse est toujours possible. Les indices de présences sont relevés en Brandenburg, Mecklenburg et basse-Saxe. Il semble avéré également que Canis lupus lupus a déjà atteint la région de la Hesse, non loin de Francfort. Le loup est donc, effectivement, aux portes de l’Alsace. Présent en petit nombre, en Bavière depuis 2006, vraisemblablement moins de 50 individus permanents, le loup suscite déjà des plans de gestion, concernant les comportements à tenir et en particulier ceux touchant aux attitudes des populations. Il lui reste encore un obstacle de taille à franchir. Le loup, dont il est permis de croire qu’il saura le surmonter sans problème, devra passer le Rhin. Le Rhin est non moins difficile à franchir que le Rhône, pourtant les loups sont présents dans le Cantal, tout comme d’autres espèces qui ont passé avec succès, l’épreuve de l’eau vive, avant eux.

Et pour arriver jusqu’au Massif central, ces bêtes dites « sauvages » ont survécues à la traversée des autoroutes et de la ligne de TGV dans le couloir Rhodanien. Les loups présents sur le territoire allemand ont peut être pour origine, les meutes de Lusace, région à cheval sur deux autres pays, Pologne et République tchèque, meutes pourtant peu nombreuses et peut-être d’origine polonaise ! Il paraît évident qu’il faut mettre en corrélation aujourd’hui, la présente de loups installés en meute de manière effective, à la présence surabondante de gibiers n’attendant qu’un régulateur naturel. Ce qui va compliquer la tâche du loup, puisqu’il sera en mesure de se développer rapidement, trop rapidement certainement à l’échelle humaine de la compréhension du phénomène ! On parlera peut-être, dans les journaux, d’invasion carnassière à l’avenir. Les effectifs alsaciens de chevreuil, à eux seuls, sont les plus abondants de France. Concernant son rôle de régulation, le proverbe «  Prend le loup pour frère, car il connaît l’ordre des forêts » pourrait être transformé en «  acceptons le loup, car il connaît les secrets d’un équilibre à retrouver ».

Bien que l’Alsace soit une petite région de production ovine, il faut rappeler que conduire un troupeau en montagne demande du savoir-faire. Tout comme pour le loup, la météorologie implique des conduites particulières, les déplacements des randonneurs, les obligations de préservation de la faune, la qualité des prairies, sont les critères qui pèsent sur la gestion d’une activité pastorale ! Se protéger du loup, complique encore la tâche, c’est certain. Cependant, le principal problème qui met en exergue tous les autres et en priorité celui du loup, quand il décide de s’installer durablement, est bien évidemment en totale adéquation avec les qualités économiques exécrables et récurrentes de la filière ovine. Pourtant, le loup, bien revenu, ne devrait pas poser plus de problèmes que là où il est encore bien présent. Les exemples sont nombreux en Europe ! En Italie, Espagne, Suède, Slovénie, Pologne, le loup fait partie des éléments naturels. Aucun accident, attaque ou menace avérée, envers l’homme n’est à déplorer. Par contre, les actes de braconnage sont nombreux, révélant par la même, les défauts d’information et de concertation, vis-à-vis de certaines populations qui bien évidement, se sentent outragées et incomprises, faute, encore une fois de préparation et de concertation. L’avenir du loup passe forcément par de bons compromis ou chacun trouvera sa place, sans renoncement exagéré. Il passe aussi par la détermination inflexible des pouvoirs publics, au niveau régional, à faire respecter les accords pris par toutes les parties, quand le loup vient à coloniser de manière naturelle, des espaces vitaux pour la biodiversité. D’où l’importance de prévoir, pour mieux gérer le loup !

Le processus de migration du loup ne s’arrêtera plus. Ses proies sont variées et fort nombreuses dans beaucoup de régions de France. Nous avons créé les conditions de son retour, de son établissement, et de ses futures conquêtes territoriales. Abondance ne fait pas bon ménage avec équilibre. Faute d’équilibre, à brève échéance le loup sera donc de retour sur ses terres. Il faut en être convaincu. Lui, le canidé parfait régulateur du milieu, ne se pose pas de question. Il avance tout naturellement, chaque jour un peu plus, de son pas mesuré dans notre direction ! Juste retour des choses, juste retour du prédateur qui manque tant à nos univers naturels par trop civilisés ! Faute de vivre bientôt des périodes troublées, il faudra donc se résoudre à l’accueillir ou à le détruire. Et en accepter toutes les conséquences, qui à moyen terme ne peuvent être que bénéfiques dans les milieux perturbés de nos belles régions de France, strictement ingérables sans prédateurs puissants. C’est malheureusement prouvé !

 

Lorraine, le 4 mars 2010.

En 2017, malgré les prédations et les nombreux indices de présence, le loup n’est pas installé officiellement. Les éleveurs n’obtiennent aucun moyen de protection afin d’anticiper…

Laisser un commentaire